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Éditoriaux
du Monde
De
l'avenir de la croissance européenne
Le Nouvel Hebdo, le 22 juin 2001
" Les mauvaises nouvelles sont principalement imputées à
des événements extérieurs, sur lesquels l'Europe
est supposée ne pas avoir d'emprise."
Mes révisions successives à la baisse des prévisions
de croissance affectent la confiance et mettent les éco-nomistes
dans l'embarras. S'agit-il des conséquences retardées
du minichoc pétrolier ? Du ralentissement américain ?
De la décrue du commerce mondial ? De la faiblesse de l'euro
? De tout cela à la fois ? Bref, on scrute les cieux pour savoir
d'où viennent les nuages. C'est ce que l'on pourrait appeler
la conception météorologique de la politique économique,
car vous aurez remarqué que les mauvaises nouvelles sont principalement
imputées à des événements sur lesquels l'Europe
est supposée ne pas avoir d'emprise.
Les gouvernements européens se contenteront-ils d'enregistrer
et de déplorer ce ralentissement, ou s'emploieront-ils à
l'éviter ? Or, s'il est une raison pour laquelle l'euro ne s'est
pas apprécié (ou le dollar déprécié)
depuis l'annonce d'un ralentissement aux États-Unis, c'est que
les marchés, comme les investisseurs, savent que les autorités
américaines n'hésitent aucunement à utiliser de
façon massive tous les instruments de la politique économique
pour rétablir la croissance. En moins de cinq mois, la Réserve
fédérale (Fed) a baissé ses taux d'intérêt
de 2,5 points. Un demi-point par mois ! Quant au Congrès, il
est sur le point de voter une baisse massive des impôts.
Que se passerait-il en Europe si le ralentissement venait à se
confirmer ? Certes la Banque centrale européenne (BCE) baisserait
à nouveau ses taux, mais beaucoup plus timidement que ne le ferait
la Fed, non pour des raisons dogmatiques, mais de statut. Son seul objectif
est " constitutionnellement " la stabilité des prix,
et il est quantifié : un taux d'inflation inférieur à
2 % l'an. La Fed, au contraire, doit à la fois rechercher la
stabilité des prix et la croissance. Cette dualité rend
évidemment impossible la quantification des objectifs. Ses marges
de manoeuvre sont ainsi beaucoup plus grandes que celles de la BCE.
Surtout, dans le présent contexte ou le taux d'inflation en Europe
a nettement dépassé l'objectif fixé par la BCE,
puisqu'il s'est établi à 2,9 % en avril.
La BCE peine à soutenir la croissance
Cette légère augmentation de l'inflation en Europe est
la conséquence de chocs exogènes sur les prix (pétrole,
alimentation et notamment viande, etc.) et ne doit donc pas inquiéter.
Aujourd'hui, aux États-Unis, le taux d'inflation est supérieur
à 3 % et, en deux décennies, il n'a été
inférieur à 2 % qu'en 1998. Comment la Fed aurait-elle
pu justifier la considérable baisse des taux à laquelle
elle vient de procéder, si elle était engoncée
dans un objectif quantifié d'inflation ? Même si la BCE,
fort à propos, cherche à desserrer la contrainte, en soulignant
que son objectif n'est que de moyen terme, elle a les coudées
beaucoup moins franches pour lutter contre un éventuel ralentissement
de la croissance. Cette limitation des marges de manoeuvre vaut aussi
pour la " politique budgétaire européenne ".
Le pacte de stabilité et de croissance, ainsi que les engagements
budgétaires des nations, constituent autant de contraintes qui
s'exercent sur les politiques nationales.
On peut craindre, dès lors, qu'à force d'autolimitations,
les politiques européennes ne puissent être suffisamment
réactives en cas d'infléchissement ultérieur de
la croissance. Cette crainte est vraisem- blablement l'une des explications
de la " faiblesse " de l'euro. Les capitaux sont davantage
attirés vers un pays, dont on sait que les autorités font
ce qu'il faut pour maintenir la croissance. Je ne crois pas que la baisse
actuelle de la croissance en Europe soit durable - il s'agit plutôt
d'un moment transitoire de digestion des chocs passés. Mais si
pareille chose devait advenir, la " constitution économique
" de l'Europe ne permettrait pas vraiment d'y remédier.
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