|
Information
presse :
Email :
sylvie.legolvan@ofce.sciences-po.fr
Articles de presse
2005
2004
2003
2002
2001
2000
1999
1998
1997
1996
1995
1994-1990
1989-1980
1979-1972
Éditoriaux
du Monde
La
croissance devrait rebondir dès la fin de l'année
La Tribune du 03/09/2001
Président
de l'Observatoire français des conjonctures économiques
(OFCE), Jean-Paul Fitoussi n'est pas pessimiste pour la France. Mais "
si le ralentissement s'avérait durable, il faudrait utiliser les
politiques monétaire et budgétaire ".
" La Tribune ". Quel diagnostic portez-vous sur la conjoncture
en cette rentrée ?
Jean-Paul
Fitoussi. La conjoncture est incertaine parce que les données dont
on dispose ne sont pas suffisamment claires pour qu'on puisse se faire
une opinion sur le très court terme. En revanche, ce qui est certain,
c'est que les fondamentaux des économies européennes et
notamment de la France sont bons, et ne justifient en aucun cas une crainte
de récession.
En
principe, les facteurs qui nous ont conduits à un léger
ralentissement de la croissance sont en train de s'inverser : d'une part,
le prélèvement pétrolier ; d'autre part, la hausse
des prix des produits alimentaires ; tout cela accompagné par une
politique monétaire qui devenait de plus en plus restrictive. Or
aujourd'hui, on assiste à la décrue des prix pétroliers,
à une décrue des prix alimentaires et à une décrue
des taux d'intérêt. A cela, il faut ajouter que les mesures
fiscales expansionnistes qui avaient été prises par beau
temps vont commencer à produire leurs effets par mauvais temps.
Ce qui montre qu'il n'est pas interdit d'avoir de la chance. Le timing
est presque parfait si l'on songe qu'une des faiblesses de la politique
budgétaire est son délai de mise en oeuvre.
Voilà
pourquoi il me semble que nous sommes aujourd'hui au creux de la vague
et qu'en principe la croissance devrait commencer à rebondir dès
la fin 2001. L'incertitude concerne essentiellement l'investissement.
Mais si la consommation devait s'accroître pour les raisons évoquées,
cette incertitude devrait être de courte durée.
La
remontée du chômage ne risque-t-elle pas de porter atteinte
au moral des ménages et à leur consommation ?
Ce
n'est certes pas une bonne nouvelle. Mais elle n'est pas susceptible de
remettre en cause le rebond de la croissance. En effet, la remontée
du chômage est relativement faible : une augmentation de 2 % après
une baisse de 10 % en 2001. Le ralentissement de la croissance ne pouvait
pas ne pas avoir d'effet sur le chômage. Une révision à
la baisse des prévisions de croissance se traduit inévitablement
par une révision en baisse des perspectives d'emploi.
Quelque
chose me semble très grave. C'est qu'il n'y a aucune affirmation
de la part des pouvoirs publics, qu'au cas, même improbable, où
le chômage continuerait de s'aggraver, ils feraient tout pour l'empêcher.
La société française ne pourrait pas supporter une
inversion durable de l'évolution du chômage car celle-ci
serait effectivement insupportable.
La
baisse des taux que la BCE a décidée jeudi vous paraît-elle
adaptée à la situation ?
En
tout cas, elle n'est pas susceptible d'avoir surpris les marchés...
Vingt-cinq points de base, c'était bien le moins qu'on pouvait
attendre, en raison non seulement des évolutions de prix mais aussi
de l'appréciation de l'euro. Soit il demeure des craintes d'inflation,
et dans ce cas il ne fallait rien faire ; soit le risque porte sur la
croissance, et alors il fallait aller beaucoup plus loin.
Ainsi,
cette décision ne règle aucun problème. La baisse
est trop faible pour avoir un effet prononcé sur la croissance.
Elle est trop faible pour avoir un effet psychologique sur les marchés
financiers. Elle est trop faible pour éliminer la tentation des
gouvernements d'utiliser la politique budgétaire. Une utilisation
systématique et ample de la politique monétaire est mieux
à même de réguler le cycle que le recours à
la politique budgétaire, en raison des délais de mise en
oeuvre de celle-ci. Mais si on fait jouer à la politique monétaire
un rôle trop modéré, alors il faudra bien utiliser
la politique budgétaire pour réguler le cycle.
Propos
recueillis par Jean-François Couvrat
|