Le retour des contraintes d’approvisionnement
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Depuis le début du conflit au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran, le prix du baril de Brent s’est accru d’environ 30 dollars entre fin février et début mai atteignant 98,42 dollars au 7 mai1. Cette hausse du prix du pétrole exerce une pression inflationniste sur les coûts de production, dans un environnement mondial encore marqué par des forces désinflationnistes liées aux surcapacités industrielles chinoises.
1 Cotation à 11h57 le 07 mai 2026. Il est à noter qu’il a enregistré un pic le 29 avril à 118 dollars.
2 Moyennes annuelles en 2023-2025. Voir Sébastien Abis. 5 mars 2026. «Ormuz : petit détroit, grandes secousses», IRIS, d’où la citation est tirée.
Le détroit d’Ormuz constitue un point stratégique du commerce énergétique mondial: «un tiers du commerce mondial en pétrole […], 20 % en gaz naturel liquéfié (GNL), 30 % en gaz de pétrole liquéfié, 15 % en produits pétroliers raffinés ou encore 30 % en engrais azotés […]» y transitent chaque année2. Si les économies asiatiques apparaissent en première ligne — près de 89 % du pétrole passant par ce détroit étant destiné à l’Asie — l’interdépendance des marchés de l’énergie implique néanmoins une hausse des prix également ressentie dans le reste du monde (Reboredo, 2011 ; Weiner, 1991).
Le Global Supply Chain Pressure Index (GSCPI, Benigno et al. (2022)) vise à mesurer les tensions pesant sur les chaînes d’approvisionnement mondiales (graphique 1). Il est construit à partir d’une analyse en composantes principales (ACP) appliquée à 27 séries temporelles regroupées en deux grandes catégories d’indicateurs. La première rassemble des mesures des coûts du transport maritime et aérien, comme le Baltic Dry Index ou l’indice Harpex, qui reflètent l’évolution des prix du fret et donc les difficultés logistiques internationales. La seconde catégorie s’appuie sur des enquêtes auprès des directeurs d’achats (PMI) dans plusieurs grandes économies, notamment sur les délais de livraison, les retards de production ou encore les commandes en attente, afin de capter les tensions d’approvisionnement au sein de l’appareil productif.
Les effets du conflit commencent à peine à se refléter dans l’indicateur, qui passe de 0,68 en mars à 1,82 en avril 2026. Cette hausse est plus marquée que celle observée lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie (\Delta^{2026}=1,14 contre \Delta^{2022}=0,70), même si elle intervient dans un contexte où les tensions d’approvisionnement étaient encore relativement contenues en moyenne en 2025.
L’impact macroéconomique dépendra de la persistance de ce choc. Les contraintes sur l’offre, si elles devaient s’installer durablement, pourraient peser sur l’activité via les délais de production, les coûts de transport et les tensions sur les intrants énergétiques. À court terme, l’économie française semble déjà évoluer sur un rythme atone : dans sa première estimation publiée le 30 avril 2026, l’Insee fait état d’un PIB stagnant au premier trimestre.
Dans nos dernières prévisions3, nous retenions l’hypothèse d’un choc d’offre transitoire, avec un retour progressif des tensions à la normale à partir du quatrième trimestre 2026. Dans ce cadre, une persistance plus longue de ces contraintes, avec un retour seulement fin 2027, pèserait sur la croissance en 2026 à hauteur d’environ –0,1 point, avant de se dissiper en 20274.◾️
3 Voir Département analyse et prévision de l’OFCE (2026a) et Département analyse et prévision de l’OFCE (2026b).
4 Voir la méthodologie complète de l’impact d’un choc d’approvisionnement sur le PIB dans Dauvin (2022).