Emploi des femmes : une crise peut en cacher une autre

 2 mars 2010

Au début de la récession, le chômage des femmes s’est accru moins vite que le chômage des hommes. Plusieurs explications étaient possibles : un simple décalage dans le temps, qui serait comblé dans la durée. Ou bien l’effet d’une orientation sectorielle différenciée de l’emploi des hommes et des femmes, les premiers étant principalement occupés dans l’industrie, soumise aux licenciements les plus massifs, tandis que les secondes travaillent surtout dans les services, moins touchés par la crise. Ou bien encore un ajustement par le sous-emploi, en particulier le développement du temps partiel (voir : "Femmes au bord de la crise économique").

Avec plus d’un an de recul, que peut-on diagnostiquer aujourd’hui et quelles ont été les évolutions récentes ? Les écarts se sont réduits mais demeurent. Le chômage des femmes a commencé à croître au début de 2009, alors que celui des hommes s’est accru dès la mi-2008 (demandeurs d’emploi de catégorie A, qui sont sans emploi). Sa croissance reste cependant moins marquée que celle des hommes sur l’ensemble de la période : comparés à leurs points bas, le chômage des femmes a augmenté de 19.7 %, celui des hommes de 42.6 %. Les hommes chômeurs sont désormais plus nombreux que les femmes chômeuses, et ce depuis novembre 2008. C’est une nouveauté ! Au cours du second semestre 2009, les tendances se sont cependant harmonisées et même inversées (+ 3.8 % pour les femmes et + 3.2 % pour les hommes). Ainsi, c’est dans la période mi-2008 à mi-2009 que la différenciation s’est faite. Les écarts d’évolution concernent toutes les tranches d’âge, mais ils sont les plus grands pour les jeunes de moins de 25 ans[1].

Tableau 1 – Evolution des demandes d’emploi- Catégorie A*

En  %, CVS

 

En 1 an

décembre 2009/

décembre 2008

 

décembre 2009/
point bas**

En 6 mois

décembre 2009/
juin 2009

Hommes

23.1

42.6 (02.2008)

3.2

- de 25 ans

20.6

56.5 (12.2007)

−3.0

25-49 ans

22.1

39.9 (02.2008)

3.3

50 ans et +

30.1

42.6 (03.2008)

9.8

Femmes

13.6

19.7 (06.2008)

3.8

- de 25 ans

13.6

27.9 (12.2007)

1.7

25-49 ans

11.9

17.5 (06.2008)

3.3

50 ans et +

20.9

25.5 (06.2008)

8.0

* demandeurs d’emploi sans emploi

** la date du point bas est entre parenthèses                 Source : Pôle emploi.


[1]Les taux de chômage au sens du BIT n’étant disponibles que jusqu’au troisième trimestre 2009, ce sont les statistiques du nombre de chômeurs-euses inscrits-tes à Pôle Emploi qui ont été privilégiées dans cette analyse, car elles sont disponibles jusqu’en décembre 2009. Notons toutefois que si les évolutions sont semblables, le taux de chômage des femmes au sens du BIT reste, en niveau, supérieur à celui des hommes, à l’inverse des demandes d’emploi de catégorie A.

 

Demandes d’emploi - Catégorie A*

 

     

 

* Demandeurs d’emploi sans emploi, cvs, en milliers

Source : Pôle emploi

 

Le sous-emploi des femmes apparaît lorsque l’on observe la situation des personnes inscrites au chômage mais qui ont une activité réduite (les catégories B et C des demandeurs d’emploi). Là, les femmes restent nettement plus nombreuses que les hommes, dans toutes les tranches d’âge. La remontée, pour les hommes et les femmes, n’est pas décalée dans le temps, comme c’est le cas pour les chômeurs sans emploi (la catégorie A). L’envolée est certes plus grande pour les hommes que pour les femmes, mais les écarts sont moindres. Tout se passe comme si la récession avait d’abord conduit à des licenciements massifs, concernant tout particulièrement les hommes dans l’industrie. Ceux-ci ont été ensuite contraints d’accepter des emplois à temps réduit, faute de mieux. Les femmes, moins pénalisées par les licenciements des grands secteurs industriels parce qu’elles sont davantage salariées des services, ont été confrontées, à partir du début de 2009, en même temps à des pertes d’emploi et à des offres d’emploi à temps réduit. Et pour les hommes comme pour les femmes, il n’y a aucun signe de ralentissement récent du nombre de chômeurs-euses en activité réduite, contrairement à ce que l’on observe pour les chômeurs-euses sans emploi. Sauf pour les plus jeunes d’entre eux et elles. Pour la tranche d’âge la plus active, les 25-49 ans, il y a même une accélération.

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