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Des pertes d’activité durables jusqu’à 2022 selon le panel de l’OFCN

par Pierre Madec et Hervé Péléraux

L’Observatoire
Français des Comptes Nationaux (OFCN)[1],
dont la session 2020 s’est déroulée le 26 novembre dernier, s’est tenue cette
année dans un contexte conjoncturel inédit, celui de la crise de la Covid-19,
et a fait l’objet d’une analyse détaillée[2].
Marquée par la mise en place d’un confinement strict au printemps, puis d’un
allègement des restrictions à l’été avant l’apparition d’une deuxième vague épidémique
à l’automne qui a incité les autorités à durcir à nouveau les limitations (notamment
de déplacement) au quatrième trimestre, l’activité durant l’année 2020 a été
extrêmement heurtée.



Cette situation
a accru considérablement la volatilité de l’activité : le PIB s’est
effondré au deuxième trimestre pour rebondir spectaculairement au troisième. Cette
volatilité, dont les déterminants n’avaient pas disparu, s’est logiquement
transmise aux prévisions émises par le panel pour 2020, 2021 et 2022.

Les prévisions
pour l’année en cours sont en général assez consensuelles car l’information
disponible au moment où elles sont élaborées (à l’automne) est suffisante pour
ôter une grande partie de l’incertitude à l’exercice. Cette fois, les
prévisions pour l’année en cours divergeaient sensiblement car le chiffrage de
la croissance sur l’ensemble de l’année 2020 dépendait de la prévision émise
pour le quatrième trimestre. En pleine recrudescence de l’épidémie et en
période de reconfinement à partir du 30 octobre, cette prévision est apparue implicitement
comme une source de divergence au sein du panel. Deux points de pourcentage
séparaient ainsi l’institut le plus optimiste et le plus pessimiste,
élargissant l’éventail des prévisions de croissance en moyenne annuelle pour
2020 de -9 à -11 %.

Les
perspectives affichées pour 2021 et 2022 étaient tout aussi peu consensuelles. Les
inconnues sont en effet nombreuses. Elles portent sur la capacité de rebond de
la demande envisagée par les instituts, et notamment sur le processus de
dégonflement de l’épargne accumulée par les ménages en 2020, mais aussi sur la
capacité de l’offre à y faire face selon qu’elle aura subi des dommages plus ou
moins importants du fait de l’arrêt plus ou moins strict des activités au cours
de l’année. Signe de ces difficultés à construire des prévisions au temps de la
Covid-19, les taux de réponse des instituts aux différentes variables
macroéconomiques étaient plus faibles qu’à l’accoutumée, en particulier le RDB
et le taux d’épargne des ménages ou les composantes de l’investissement.

Si les
prévisions sont peu consensuelles quant à leur chiffrage, quasiment tous les
instituts s’accordaient sur la persistance de pertes d’activité par rapport à
la situation d’avant-crise, même encore à l’horizon 2022. En prenant pour point
de référence le niveau du PIB de 2019, les instituts n’anticipaient pas en
moyenne un retour à la situation d’avant-crise, l’écart du PIB à son niveau de
2019 restant négatif de 1 % à l’horizon 2022 (lignes bleutées sur le graphique).
Comme pour la prévision du taux de croissance du PIB, les écarts-type étaient
importants et l’écart entre les prévisions extrêmes spectaculaire en 2022, avec
l’institut le plus pessimiste qui voyait le PIB inférieur à son niveau de 2019
de 2,6 % et le plus optimiste qui anticipait un écart, cette fois positif, de
0,4 %.

L’estimation de ces écarts par rapport au niveau de 2019 suppose toutefois que le PIB soit resté stable à l’horizon des prévisions. Or, en l’absence de pandémie, le PIB aurait continué à croître. L’évaluation plus précise du « coût de la crise » devrait donc inclure cette trajectoire de croissance et non pas seulement la stabilité depuis le point fixe de l’année 2019. Chaque institut est ainsi comparé à sa prévision pour les années 2020 et 2021 élaborée à l’automne 2019. Ici, les pertes d’activité selon la moyenne des instituts s’élèveraient à -7,1 % en 2021, soit 2,6 points de moins que l’écart évalué par rapport à 2019 (-4,5 points), avec à nouveau des divergences notables entre les plus optimistes et les moins optimistes. Ces constats tissent donc la toile de fond, inquiétante, de pertes d’activité persistantes de l’économie française.


[1] Seize instituts ont contribué au panel de l’OFCN : la
Banque de France, le ministère de l’Économie et des finances, l’INSEE, la Commission
européenne, l’OCDE, le FMI, l’OFCE, Rexecode, BNP Paribas, Citigroup, le Crédit
agricole, Exane, ING, Pair Conseil, HSBC et Natixis.

[2]
Voir Madec P. et Péléraux H, « L’économie
française en 2020-2022 selon le panel des prévisionnistes de l’OFCN
 »,
OFCE
Policy Brief
, n°84, 29 janvier 2021.