Commerce mondial: entre guerre commerciale et conflits armés

Perspectives 2026-2027 pour l’économie mondiale

conjoncture
déficit public
politique budgétaire
politique monétaire
taux souverain
inflation
France
Europe
USA
commerce international
Autrices, auteurs & résumé
Par
Affiliation
Elliot Aurissergues
Publié le

8 avril 2026

Modifié le

14 avril 2026

Le commerce mondial a connu de profondes mutations ces dernières années. Le premier facteur est le choc chinois. L’industrie chinoise a poursuivi sa montée en gamme, remettant en cause les positions des entreprises occidentales sur un nombre croissant de marchés, y compris dans des secteurs jusque là relativement épargnés comme l’automobile, les machines-outils, la chimie ou les semi-conducteurs. A partir de 2022 et l’éclatement de la bulle immobilière chinoise, cette montée en gamme s’est accompagnée d’une dépréciation réelle de la monnaie chinoise (voir le graphique 1). Ces gains de compétitivité prix et hors prix ont débouché sur des gains de parts de marché très significatifs (voir le graphique 2), avec pour contrepartie des pertes importantes pour les pays occidentaux comme les Etats-Unis, la France ou l’Allemagne. Le deuxième facteur a été la guerre en Ukraine qui a provoqué l’effondrement du commerce russo-européen, notamment de produits énergétiques. Le troisième facteur est la montée du protectionnisme américain depuis la première présidence Trump, qui s’est poursuivie sous la présidence Biden avant de prendre une nouvelle dimension depuis le début du second mandat de Donald Trump.

Graphique 1. Compétitivité des grandes zones
Graphique 2. Évolution des parts de marché

Des tarifs douaniers américains qui se stabilisent

L’année 2025 a été marquée par la deuxième guerre commerciale et la forte montée des tarifs douaniers américains. Contrairement à la première, qui s’était focalisée entre 2018 et 2020 sur la Chine, la seconde a été conçue par l’administration Trump comme une offensive généralisée visant à rétablir un fonctionnement « équitable » du commerce international. Le fonctionnement actuel est jugé particulièrement défavorable aux intérêts américains selon la vision du monde de l’administration Trump. Après de nombreuses annonces spectaculaires, notamment celles du « jour de la libération », de reculs tout aussi brutaux puis de négociations plus ou moins abouties (voir ici et ici), la situation douanière s’est quelque peu stabilisée. Le tarif moyen pondéré américain est passé de 2,5% en 2024 à 12,5% à la fin 2025 quand on utilise les poids de 2024 (voir graphique 3). Le tarif apparent, c’est à dire le ratio entre le montant total des droits de douane et le montant total des importations est lui passé de 2,5% à 10% sur la même période, une hausse légérement plus faible, qui montre que des phénomènes de substitution sont à l’oeuvre. La hausse a finalement été plus homogène qu’attendue selon les partenaires commerciaux. La Chine, qui subissait déjà des droits de douane plus élevés, a ainsi enregistré une hausse légérement inférieure à 20 points. Les alliés historiques des Etats-Unis ayant négocié des « accords » commerciaux avec l’administration trump subissent des hausses comprises entre 10 et 15 points (voir graphique 4). Le début de l’année 2026 a également été marqué par le jugement de la cour suprème annulant les droits de douane établis par l’administration Trump au titre de l’ International Emergency Economic Powers Act de 1977. Celle-ci les a cependant réinstitué immédiatement en invoquant la section 232 du trade expansion act de 1962, relative à la sécurité nationale. La section 232 a été déjà utilisée pour imposer des droits spécifiques sur certains produits comme l’aluminium ou l’acier. Elle bénéficie d’une jurisprudence globalement favorable de la Cour suprême. Toutefois, un revirement n’est pas exclu, compte tenu de l’interprétation particulièrement extensive que l’administration américaine donne à la notion de sécurité nationale.

Graphique 3. Tarifs douaniers américains
Graphique 4. Tarifs douaniers américains par pays